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Brigitte BARDOT Je danse donc je suis | Explications

Voici aujourd’hui Je danse donc je suis, une chanson de Brigitte Bardot enregistrée en 1964. La chanteuse utilise adroitement son image de femme libre et montre qu’elle sait ce qu’elle veut: danser d’accord, offrir davantage, non, sauf si son partenaire sait lui plaire.


 
Pour les étudiants de FLE:

C’est une chanson assez facile. Brigitte Bardot chante avec beaucoup de clarté et utilise presque toujours une prononciation et une grammaire très correctes. Il y a cependant quelques particularités, des jeux de mots, des expressions idiomatiques que je vais indiquer.

1 Je danse donc je suis : En entendant ce début de chanson, on l’associe immédiatement à la phrase de René Descartes Je pense donc je suis. C’est un jeu de mots assez habile, grâce auquel la chanteuse fait comprendre que sa vie serait inimaginable sans la danse.

2 je te suis : voici encore un jeu de mots, ici, suis n’est pas le verbe «être» mais le verbe «suivre» . «Suivre quelqu’un» signifie aller dans la même direction qu’une personne, en étant derrière cette personne. Ici, « suivre » c’est donc danser en fonction des déplacements de son partenaire.

4 pas pour c’ que tu penses : l’orthographe c’ que, qui reflète la disparition du «e muet», est souvent utilisée dans les paroles de chansons. Elle n’est cependant pas considérée comme correcte et vous devrez l’éviter dans vos devoirs ou vos tests de français).
« ce que tu penses » est volontairement ambigu : en l’entendant on imagine d’abord que la chanteuse suggère « faire l’amour », mais comme ensuite elle répète plusieurs fois « pas pour la vie », la sens de « ce que tu penses » devient « se marier ».

 
Je danse donc je suis
chanté par
Brigitte BARDOT

 
 1   Je danse donc je suis
 2   Tu danses et je te suis
 3   Mais si je te suis
 4   Ce n’est pas pour c’ que tu penses
 5   C’est pour la danse
 6   Pas pour la vie

 7   Ne prends pas cet air triste
 8   Et ne prends pas la peine
 9   De prendre tout ton temps
10   À me dire que tu m’aimes
11   Je ne me fixe pas
12   Je ne prends pas racine
13   Je ne suis pas de celles
14   Qu’un regard assassine

15   Je danse donc je suis
16   Tu danses et je te suis
17   Mais si je te suis
18   Moi je te suis pour la danse
19   Faut pas qu’ tu penses
20   Que c’est acquis

21   C’est à toi de jouer
22   Et de savoir me plaire
23   Je ne dis pas qu’un jour
24   Il ne puisse se faire
25   Que la danse finie
26   Je reste prise au piège
27   Qui sera celui-là
28   Peut-être toi, qu’en sais-je ?

29   Je danse donc je suis
30   Tu danses et je te suis
31   Mais si je te suis
32   Ce n’est pas pour c’ que tu penses
33   C’est pour la danse
34   Pas pour la vie

35   C’est pour la danse
36   Pas pour la vie

37   C’est pour la danse
38   Pas pour la vie

7-12 prendre… : voici 4 expressions basées sur le même verbe. prendre un air triste = avoir subitement un visage qui montre la tristesse; prendre la peine de = se fatiguer à faire quelque chose; prendre (tout) son temps = passer un long moment à faire quelque chose; prendre racine = rester longtemps au même endroit

13-14 Je ne suis pas de celles / Qu’un regard assassine : Je ne suis pas comme ces femmes faibles à qui un simple regard fait du mal.

19 Faut pas qu’ tu penses : le seul exemple de prononciation et de grammaire relâchées de cette chanson, avec la disparition du « il » impersonnel de « il faut » et celle du « ne » de la négation. L’orthographe « qu’ tu » reflète la prononctiation normale, mais est considérée comme incorrecte.

20 Que c’est acquis : que c’est gagné. Si tu danses avec moi, ne crois pas que tu vas obtenir autre chose de moi.

23-25 Je ne dis pas qu’un jour / Il ne puisse se faire / Que la danse finie… : beaucoup de mots pour dire simplement « un jour, peut–être, après la danse… »

26 Je reste prise au piège : le verbe « rester » est ici au subjonctif (il est possible que + subjonctif)

26 prise au piège : attrapée, comme un animal, par un homme avec qui je resterai.

27 Qui sera celui-là : qui sera l’homme avec qui je resterai

28 qu’en sais-je ? : je n’en sais rien, il m’est impossible de le savoir maintenant

Yves MONTAND Les enfants qui s'aiment

J’ai choisi aujourd’hui de vous présenter une chanson de Prévert et Kosma que j’ai souvent utilisée avec mes étudiants. Elle parle du bonheur du premier amour et s’appelle Les enfants qui s’aiment . Plusieurs versions existent (interprétées notamment par Juliette Gréco, Germaine Montéro) mais c’est celle d’Yves Montand que je préfère. Ne l’ayant pas trouvée sur YouTube j’ai créé la vidéo moi-même, en ajoutant des sous-titres à une photo retouchée.


 
Pour les étudiants de FLE:

1 Les enfants : Dans ce texte, le mot « enfants » désignent des jeunes gens

2 les portes de la nuit : c’est une belle expression poétique qui peut signifier « les portes qui ouvrent la nuit ». En fait, les jeunes gens s’embrassent en s’appuyant contre des portes, pendant la nuit.

3 les passants : les personnes qui marchent dans la rue

3 désigner du doigt : montrer avec le doigt

5 [ils] ne sont là pour personne : [ils] ne veulent pas être dérangés, [ils] ne se rendent pas compte de la présence des autres

 
Les enfants qui s’aiment
chanté par
Yves MONTAND

 
 1   Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
 
 2   Contre les portes de la nuit
 
 3   Et les passants qui passent les désignent du doigt
 
 4   Mais les enfants qui s’aiment
 
 5   Ne sont là pour personne
 
 6   Et c’est seulement leur ombre
 
 7   Qui tremble dans la nuit
 
 8   Excitant la rage des passants
 
 9   Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
 
10   Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
 
11   Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
 
12   Bien plus haut que le jour
 
13   Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour
6 leur ombre : la silhouette que les passants devinent mal parce qu’il fait trop sombre.

8 exitant la rage : causant la colère

11-12 bien plus : beaucoup plus (beaucoup plus loin, beaucoup plus haut)

13 l’éblouissante clarté : la lumière qui fait mal presque mal aux yeux, qu’on ne peut pas regarder longtemps.

Jacqueline TAIEB (1967) La fac de lettres | Humour, ironie

Voici une chanson d’une chanteuse yéyé qui n’a pas eu le succès qu’elle méritait. Elle s’appelle Jacqueline Taïeb. La chanson que je présente s’appelle La fac de lettres. Elle évoque d’une manière humoristique la vie des étudiants un an avant les évènements de mai 68.


 
Pour les étudiants de FLE:

1 amphithéâtre : dans les universités, grande salle de cours de forme de demi-cercle

2 une place en or : une place qui a beaucoup de valeur; les étudiants veulent tous s’asseoir près de la sortie

3 les gens qui meublent : les étudiants qui sont présents (dans l’amphithéâtre)

4 rebâiller : bâiller à nouveau (« bailler » signifie ouvrir involontairement la bouche à cause du sommeil ou de l’ennui)

9 Qu’est-ce qu’on se marre : On s’amuse beaucoup. « Se marrer » appartient au langage familier. Ce début de phrase est ironique, la signification réelle est « on ne s’amuse pas, on s’ennuie beaucoup »

9 la fac : abbréviation familière de « la faculté »

10 J’en ai encore pour quelques années : je vais devoir rester (à la fac) pendant plusieurs années

13 ça creuse : ça donne faim

14 cent balles : une pièce de 1 franc (100 anciens francs)

14 la machine : le distributeur automatique

17 au studio : au studio d’enregistrement (Jacqueline Taïeb parle d’elle-même, étudiante et chanteuse en même temps)

23 de phycho : de étudiants de la fac de psychologie

25 chacun fait son solo : tous les étudiants parlent en se cherchant à se mettre en valeur (comme des musiciens, de jazz ou de rock, qui tour à tour jouent en solo)

28 costard : costume en langage familier ou populaire (mot péjoratif)

 
La fac de lettres
chanté par
Jacqueline TAIEB

 
 1   Assise sur les bancs du grand amphithéâtre
 2   Tout près de la sortie c’est une place en or
 3   Je regarde les gens qui meublent ce théâtre
 4   Et qui bâillent et rebâillent et qui rebâillent encore
 5   Le professeur fait son cours sur l’histoire d’Angleterre
 6   En 1066 invasion des Normands
 7   En 1338 il y a eu la guerre
 8   Celle qu’on a appelé la guerre de Cent Ans
 
 9   Qu’est-ce qu’on se marre à la fac de lettres
10   J’en ai encore pour quelques années peut-être
11   Qu’est-ce qu’on se marre à la fac de lettres
 
12   Mais enfin vers midi le cours est terminé
13   Deux heures de cours, ça creuse et ça semble bien long
14   Cent balles dans la machine et vous pouvez manger
15   Des sandwichs au jambon où y a pas de jambon
16   Les étudiants déjeunent ou bien se désaltèrent
17   Moi je pense à lundi où je serai au studio
18   Sans oublier que les mines de charbon d’Angleterre
19   Se trouvent à Liverpool, à Cardiff et Glasgow
 
20   Qu’est-ce qu’on se marre à la fac de lettres
21   J’en ai encore pour quelques années peut-être
22   Qu’est-ce qu’on se marre à la fac de lettres
 
23   Assis tout près de moi, il y a des gens de psycho
24   Des petits gars boutonneux qui parlent de leur âme
25   Et avec de grands gestes, chacun fait son solo
26   Sur la pensée de Kant, de Bergson ou de Sartre
27   Quand ça devient mignon, c’est une licence de lettres
28   Petit costard cintré, grande fente dans le dos
29   Qui vous dit volontiers, avec fierté peut-être
30   Je ne lis que Gide, Verlaine ou Rimbaud
 
31   Qu’est-ce qu’on se marre à la fac de lettres
32   J’en ai encore pour quelques années peut-être
33   Qu’est-ce qu’on se marre à la fac de lettres