Bonjour et merci à tous, en particulier merci aux personnes qui ont commenté ce blog.
Finalement, ma situation ne change pas: je n’ai pas assez de temps pour écrire de nouveaux articles. Je continue cependant à chercher des chansons sur Youtube et j’ai commencé à construire une nouvelle base de données de paroles de chansons systématiquement associées à des vidéos. Aujourd’hui j’ai mis en ligne un nouveau site consacré à ce nouveau projet.
Pour l’instant il n’y a que quelques centaines de chansons. Je compte y ajouter des chansons récentes, et aussi aborder le domaine des chansons traditionnelles et des chansons enfantines.
Ah oui, j’allais oublier… l’adresse, c’est french-pops.com. A bientôt.
Je fais trop de choses et j’ai vraiment de moins en moins de temps à consacrer à ce blog. Je ne suis pas tout à fait inactif cependant. Actuellement je donne des cours d’initiation au français familier et j’ai préparé quelques vidéos pour mes étudiants. Ces vidéos présentent des extraits de chansons (environ 30 secondes) avec deux sortes de sous-titres : les sous-titres correspondant à la prononciation réelle (avec les « e muets » non prononcés, la disparition du « ne » de la négation et d’autres phénomènes dont j’ai déjà parlé ici.
Je préparerai peut-être des articles de blog à partir de ces vidéos, mais en attendant voici un lien vers ma chaîne Youtube chansonsfr et la vidéo que j’ai préparée aujourd’hui.
Il s’agit de « J’aime plus Paris » de Thomas Dutronc (le fils de Françoise Hardy et de Jacques Dutronc).
Articles mis à jour : J’ai remplacé les vidéos qui ont disparu de YouTube ou DailyMotion par d’autres versions (qui hélas, disparaîtront peut–être un jour à leur tour). J’ai aussi légèrement modifié les textes des articles qui étaient basés directement sur la vidéo présentée auparavant.
Le temps des cerises est une chanson qui appartient à la mémoire collective des Français. Ses paroles, écrites par Jean-Baptiste Clément, datent de 1866. Sa musique été composée deux ans plus tard par Antoine Renard. Bien qu’écrite quelques années avant, cette chanson est fortement associée à la période de l’histoire de France qu’on appelle la Commune de Paris (mars-mai 1871). Elle évoque un bonheur qui ne dure que pendant le temps des cerises, c’est à dire une partie du printemps.
Pour les étudiants de FLE:
Le temps des cerises est une chanson très riche, mais je ne vais m’intéresser aujourd’hui qu’à un petit problème de prononciation. Le S final de tous, masculin pluriel du pronom indéfini tout, se prononce : par exemple, on dit ils sont touS partis [TOUS-PAR-TI], ils sont touS arrivés [TOU-SA-RI-VÉ], ils sont touS en fête [TOU-SAN-FÈTe]. Mais Jean Lumière prononce, à la ligne 3, Seront tous en fête [SE-RON-TOU-ZAN-FÈTe]. A ma connaissance, Jean Lumière est le seul interprète du 20e siècle qui utilise cette prononciation. A-t-il voulu donner un aspect archaïque à son interprétation ? C’est fort possible, mais ce qui est important c’est que vous, lorsque vous parlez français, vous prononciez bien, comme tous les Français d’aujour’hui, touS en fête [TOU-SAN-FÈTe] ou tous ensemble [TOU-SAN-SAMBLe].
Paroles de la chanson Le temps des cerises chantée par Jean LUMIÈRE (1930)
1 Quand nous chanterons le temps des cerises 2 Et gai rossignol et merle moqueur 3 Seront tous en fête 4 Les belles auront la folie en tête 5 Et les amoureux du soleil au cœur 6 Quand nous chanterons le temps des cerises 7 Sifflera bien mieux le merle moqueur
8 Mais il est bien court le temps des cerises 9 Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant 10 Des pendants d’oreilles 11 Cerises d’amour aux robes pareilles 12 Tombant sous la feuille en gouttes de sang 13 Mais il est bien court le temps des cerises 14 Pendants de corail qu’on cueille en rêvant
15 Quand vous en serez au temps des cerises 16 Si vous avez peur des chagrins d’amour 17 Evitez les belles 18 Moi qui ne crains pas les peines cruelles 19 Je ne vivrai pas sans souffrir un jour 20 Quand vous en serez au temps des cerises 21 Vous aurez aussi des chagrins d’amour
22 J’aimerai toujours le temps des cerises 23 C’est de ce temps-là que je garde au cœur 24 Une plaie ouverte 25 Et Dame Fortune, en m’étant offerte 26 Ne saura jamais calmer ma douleur 27 J’aimerai toujours le temps des cerises 28 Et le souvenir que je garde au cœur
Aujourd’hui je souhaite vous présenter une chanson très connue de Charles Trénet, L’âme des poètes. Il en existe plusieurs versions sur les sites de vidéo. Celle que j’ai choisie est extraite d’un film sorti en 1951 (Bouquet de joie, d’un réalisateur français tombé dans l’oubli, Maurice Cam), on n’entend que la fin de la chanson. Malgré la brièveté de l’extrait, cette vidéo me plaît beaucoup car on y voit le chanteur, né en 1913, âgé alors de 38 ans: il paraît plus jeune et grâce à cet extrait de film on comprend bien son charme et son talent.
Pour les étudiants de FLE :
L’extrait vidéo présenté ici correspond à la fin de la chanson, de la ligne 23 à la ligne 31. Cette partie m’intéresse car elle montre un curieux phénomène où la grammaire et la phonétique sont en contradiction :
Voici pour commencer une règle de grammaire simple (=qui semble logique aux francophones) : en français, si plusieurs personnes possèdent chacune une seule chose, on utilise le singulier quand on parle de cette chose. Ainsi en parlant du visage de plusieurs personnes qui se ressemblent, on écrit au pluriel « leurs yeux sont bleus » ou « leurs oreilles sont grandes » mais on utilisera le singulier pour dire « leur nez est petit », parce que chacun n’a qu’un seul nez.
Voici maintenant une règle moins connue car elle concerne la prononciation : avec des verbes tels que « partir », « sortir », et beaucoup d’autres, la prononciation du T final avant une voyelle indique le pluriel : dans des extraits de phrases comme « il part avec… » et « ils partent avec… », à l’écrit il y a plusieurs différences entre le singulier et le pluriel (le S du sujet et le ENT du verbe) mais à l’oral la seule différence entre le singulier ILPARAVEC et le pluriel ILPARTAVEC est le T de l’enchaînement consonantique.
L’âme des poètes chanson chantée par Charles TRÉNET
1 Longtemps, longtemps, longtemps 2 Après que les poètes ont disparu 3 Leurs chansons courent encore dans les rues 4 La foule les chante un peu distraite 5 En ignorant le nom d’ l’auteur 6 Sans savoir 7 Pour qui battait son cœur
8 Parfois on change un mot, une phrase 9 Et quand on est à court d’idées 10 On fait la, la, la, la, la, lé 11 La la la la la
12 Longtemps, longtemps, longtemps 13 Après que les poètes ont disparu 14 Leurs chansons courent encore dans les rues 15 Un jour peut-être bien après moi 16 Un jour on chantera 17 Cet air pour bercer un chagrin 18 Ou quelque heureux destin
19 Fera-t-il vivre un vieux mendiant 20 Ou dormir un enfant 21 Ou quelque part au bord de l’eau 22 Au printemps tournera-t-il sur un phono
23 Longtemps, longtemps, longtemps 24 Après que les poètes ont disparu 25 Leurs âmes légères courent encore dans les rues 26 Leurs âmes légères c’est leurs chansons 27 Qui rendent gais, qui rendent tristes 28 Filles et garçons 29 Bourgeois, artistes ou vagabonds
30 Longtemps, longtemps, longtemps 31 La la la la la…
Maintenant, écoutons la ligne 25 de l’âme des poètes : il y a beaucoup de poètes, mais chacun a une seule âme. Dans l’extrait de chanson présenté (ligne 25) Charles Trénet devrait prononcer COURENCOR, (Leur âme légère court encore dans les rues) sans faire de liaison, mais il chante très nettement COURTENCOR ce qui implique cette orthographe : Leurs âmes légères courent encore dans les rues.
Deux explications sont possibles : la première c’est que Charles Trénet n’a pas pensé à cette contradiction grammaticale quand il a écrit ce texte. La seconde explication, plus respectueuse pour le chanteur, c’est que dans cette phrase, « leurs âmes » est un synonyme de leurs chansons qui apparaît à la troisième ligne. Pour vous, quelle est la meilleure explication ?
Voici aujourd’hui la première des chansons de 2010 que je présente. Elle est chantée par une chanteuse de jazz américaine, Stacey Kent, très appréciée en France et qui, pour moi qui habite très loin, est une découverte récente. Avant tout, j’aime l’ambiance intimiste de cette vidéo : elle montre un petit groupe de jazz accompagnant une chanteuse dans un appartement. Et bien sûr, j’aime ses qualités musicales aussi: batterie, guitare et batterie s’harmonisent parfaitement avec la voix de Stacey Kent, et avec son léger accent étranger. Toutes les chansons de son dernier album, Raconte-Moi sont chantées en français.
Pour les étudiants de FLE:
Le titre de la chanson, « La Vénus du Mélo » est un jeu de mots. En l’entendant on pense tout de suite à « la vénus de Milo », la célèbre sculpture grecque du musée du Louvre. « La Vénus du Mélo » signifie la déesse du mélodrame. Un mélodrame est un récit (théâtre, roman, film) présentant des personnages dans des situations exagérément tristes. Pourtant cette chanson n’est pas triste: la chanteuse s’adresse avec ironie à un homme qui semble triste, ou qui feint la tristesse, et qui veut la séduire. Voici quelques explications complémentaires:
1 beau ténébreux : bel homme qui semble triste
4 Buster Keaton : Acteur américain du cinéma muet, surnommé « l’homme qui ne riait jamais »
8 qui fait la manche : (expression populaire) demander l’aumône, ici demander de la tendresse
10 que je te prenne : ici le mot prendre (au subjonctif présent) à une signification sexuelle. Généralement « prendre » signifie « pénétrer ». Il est plutôt utilisé par les hommes, mais dans cette chanson, l’homme à qui la chanteuse s’adresse est passif.
12 que je t’allume : que je t’excite
14 t’as pas de veine : (français familier) tu n’as pas de chance
15 Je suis la Vénus du Mélo : le jeu de mots (Vénus du Mélo / Vénus de Milo) est complexe car il peut avoir un sens directement lié à la Vénus de Milo : la chanteuse semble dire : tu veux que je sois active, mais je ne peux pas, tu n’as pas de chance, je suis comme la vénus de Milo, sans bras et incapable de prendre l’initiative.
La Vénus du Mélo chanté par Stacey Kent
1 À quoi tu joues, beau ténébreux 2 Avec tes yeux couleur d’automne 3 Tes joues qui fondent, le ventre creux 4 Qu’est-ce que tu veux, Buster Keaton ? 5 Besoin d’amour et de tendresse 6 De contre-jour et de caresses 7 Ton petit cœur nécessiteux 8 Qui fait la manche dans mes cheveux 9 Qu’est-ce que tu veux ?
10 Que je te prenne, que je t’étreigne 11 Que je te joue sur mon piano 12 Que je t’allume, que je t’éteigne 13 Que je te couche sur le dos 14 Oui mais ce soir, t’as pas de veine 15 Je suis la Vénus du Mélo
16 Avec tes mines et tes manières 17 Quand tu composes sans avoir l’air 18 Tes mains qui braillent et ton œil noir 19 Et qui se pose sur mon peignoir 20 Cauchemar, frayeur et gros chagrin 21 Tu as rêvé que t’étais nain 22 Que tes espoirs étaient en feu 23 Et que l’amour n’était qu’un jeu 24 Qu’est-ce que tu veux ?
25 Que je te prenne, que je t’étreigne 26 Que je te joue sur mon piano 27 Que je t’allume, que je t’éteigne 28 Que je te couche sur le dos 29 Oui mais ce soir, c’est pas la peine 30 Je suis la Vénus du Mélo
31 Avec ton grand corps qui bâille 32 Tendre animal, beau paresseux 33 Ton petit sourire qui trouve la faille 34 Craque le premier de nous deux 35 Viens si tu veux…
36 Que je te prenne, que je t’étreigne 37 Que je te joue sur mon piano 38 Que je t’allume, que je t’éteigne 39 Que je te couche sur le dos
40 Que je te prenne, que je t’étreigne 41 Que je te joue sur mon piano 42 Que je t’allume, que je t’éteigne
43 Je suis la Vénus du Mélo 44 Je suis la Vénus du Mélo
La suite de la chanson, d’un érotisme subtil, présente d’autres aspects de la passivité de l’homme, mais aussi le désir de la chanteuse qui finit par appeler clairement cet homme (ligne 35 : Viens si tu veux).
Si cela vous intéresse vous pouvez comparer cette chanson avec J’veux un mec d’Adrienne Pauly: contrastes rock et jazz, désir animal assumé et jeu de la séduction plus pudique.