Aujourd’hui je souhaite vous présenter une chanson très connue de Charles Trénet, L’âme des poètes. Il en existe plusieurs versions sur les sites de vidéo. Celle que j’ai choisie est extraite d’un film sorti en 1951 (Bouquet de joie, d’un réalisateur français tombé dans l’oubli, Maurice Cam), on n’entend que la fin de la chanson. Malgré la brièveté de l’extrait, cette vidéo me plaît beaucoup car on y voit le chanteur, né en 1913, âgé alors de 38 ans: il paraît plus jeune et grâce à cet extrait de film on comprend bien son charme et son talent.
Pour les étudiants de FLE :
L’extrait vidéo présenté ici correspond à la fin de la chanson, de la ligne 23 à la ligne 31. Cette partie m’intéresse car elle montre un curieux phénomène où la grammaire et la phonétique sont en contradiction :
Voici pour commencer une règle de grammaire simple (=qui semble logique aux francophones) : en français, si plusieurs personnes possèdent chacune une seule chose, on utilise le singulier quand on parle de cette chose. Ainsi en parlant du visage de plusieurs personnes qui se ressemblent, on écrit au pluriel « leurs yeux sont bleus » ou « leurs oreilles sont grandes » mais on utilisera le singulier pour dire « leur nez est petit », parce que chacun n’a qu’un seul nez.
Voici maintenant une règle moins connue car elle concerne la prononciation : avec des verbes tels que « partir », « sortir », et beaucoup d’autres, la prononciation du T final avant une voyelle indique le pluriel : dans des extraits de phrases comme « il part avec… » et « ils partent avec… », à l’écrit il y a plusieurs différences entre le singulier et le pluriel (le S du sujet et le ENT du verbe) mais à l’oral la seule différence entre le singulier ILPARAVEC et le pluriel ILPARTAVEC est le T de l’enchaînement consonantique.
L’âme des poètes chanson chantée par Charles TRÉNET
1 Longtemps, longtemps, longtemps 2 Après que les poètes ont disparu 3 Leurs chansons courent encore dans les rues 4 La foule les chante un peu distraite 5 En ignorant le nom d’ l’auteur 6 Sans savoir 7 Pour qui battait son cœur
8 Parfois on change un mot, une phrase 9 Et quand on est à court d’idées 10 On fait la, la, la, la, la, lé 11 La la la la la
12 Longtemps, longtemps, longtemps 13 Après que les poètes ont disparu 14 Leurs chansons courent encore dans les rues 15 Un jour peut-être bien après moi 16 Un jour on chantera 17 Cet air pour bercer un chagrin 18 Ou quelque heureux destin
19 Fera-t-il vivre un vieux mendiant 20 Ou dormir un enfant 21 Ou quelque part au bord de l’eau 22 Au printemps tournera-t-il sur un phono
23 Longtemps, longtemps, longtemps 24 Après que les poètes ont disparu 25 Leurs âmes légères courent encore dans les rues 26 Leurs âmes légères c’est leurs chansons 27 Qui rendent gais, qui rendent tristes 28 Filles et garçons 29 Bourgeois, artistes ou vagabonds
30 Longtemps, longtemps, longtemps 31 La la la la la…
Maintenant, écoutons la ligne 25 de l’âme des poètes : il y a beaucoup de poètes, mais chacun a une seule âme. Dans l’extrait de chanson présenté (ligne 25) Charles Trénet devrait prononcer COURENCOR, (Leur âme légère court encore dans les rues) sans faire de liaison, mais il chante très nettement COURTENCOR ce qui implique cette orthographe : Leurs âmes légères courent encore dans les rues.
Deux explications sont possibles : la première c’est que Charles Trénet n’a pas pensé à cette contradiction grammaticale quand il a écrit ce texte. La seconde explication, plus respectueuse pour le chanteur, c’est que dans cette phrase, « leurs âmes » est un synonyme de leurs chansons qui apparaît à la troisième ligne. Pour vous, quelle est la meilleure explication ?
Voici aujourd’hui la première des chansons de 2010 que je présente. Elle est chantée par une chanteuse de jazz américaine, Stacey Kent, très appréciée en France et qui, pour moi qui habite très loin, est une découverte récente. Avant tout, j’aime l’ambiance intimiste de cette vidéo : elle montre un petit groupe de jazz accompagnant une chanteuse dans un appartement. Et bien sûr, j’aime ses qualités musicales aussi: batterie, guitare et batterie s’harmonisent parfaitement avec la voix de Stacey Kent, et avec son léger accent étranger. Toutes les chansons de son dernier album, Raconte-Moi sont chantées en français.
Pour les étudiants de FLE:
Le titre de la chanson, « La Vénus du Mélo » est un jeu de mots. En l’entendant on pense tout de suite à « la vénus de Milo », la célèbre sculpture grecque du musée du Louvre. « La Vénus du Mélo » signifie la déesse du mélodrame. Un mélodrame est un récit (théâtre, roman, film) présentant des personnages dans des situations exagérément tristes. Pourtant cette chanson n’est pas triste: la chanteuse s’adresse avec ironie à un homme qui semble triste, ou qui feint la tristesse, et qui veut la séduire. Voici quelques explications complémentaires:
1 beau ténébreux : bel homme qui semble triste
4 Buster Keaton : Acteur américain du cinéma muet, surnommé « l’homme qui ne riait jamais »
8 qui fait la manche : (expression populaire) demander l’aumône, ici demander de la tendresse
10 que je te prenne : ici le mot prendre (au subjonctif présent) à une signification sexuelle. Généralement « prendre » signifie « pénétrer ». Il est plutôt utilisé par les hommes, mais dans cette chanson, l’homme à qui la chanteuse s’adresse est passif.
12 que je t’allume : que je t’excite
14 t’as pas de veine : (français familier) tu n’as pas de chance
15 Je suis la Vénus du Mélo : le jeu de mots (Vénus du Mélo / Vénus de Milo) est complexe car il peut avoir un sens directement lié à la Vénus de Milo : la chanteuse semble dire : tu veux que je sois active, mais je ne peux pas, tu n’as pas de chance, je suis comme la vénus de Milo, sans bras et incapable de prendre l’initiative.
La Vénus du Mélo chanté par Stacey Kent
1 À quoi tu joues, beau ténébreux 2 Avec tes yeux couleur d’automne 3 Tes joues qui fondent, le ventre creux 4 Qu’est-ce que tu veux, Buster Keaton ? 5 Besoin d’amour et de tendresse 6 De contre-jour et de caresses 7 Ton petit cœur nécessiteux 8 Qui fait la manche dans mes cheveux 9 Qu’est-ce que tu veux ?
10 Que je te prenne, que je t’étreigne 11 Que je te joue sur mon piano 12 Que je t’allume, que je t’éteigne 13 Que je te couche sur le dos 14 Oui mais ce soir, t’as pas de veine 15 Je suis la Vénus du Mélo
16 Avec tes mines et tes manières 17 Quand tu composes sans avoir l’air 18 Tes mains qui braillent et ton œil noir 19 Et qui se pose sur mon peignoir 20 Cauchemar, frayeur et gros chagrin 21 Tu as rêvé que t’étais nain 22 Que tes espoirs étaient en feu 23 Et que l’amour n’était qu’un jeu 24 Qu’est-ce que tu veux ?
25 Que je te prenne, que je t’étreigne 26 Que je te joue sur mon piano 27 Que je t’allume, que je t’éteigne 28 Que je te couche sur le dos 29 Oui mais ce soir, c’est pas la peine 30 Je suis la Vénus du Mélo
31 Avec ton grand corps qui bâille 32 Tendre animal, beau paresseux 33 Ton petit sourire qui trouve la faille 34 Craque le premier de nous deux 35 Viens si tu veux…
36 Que je te prenne, que je t’étreigne 37 Que je te joue sur mon piano 38 Que je t’allume, que je t’éteigne 39 Que je te couche sur le dos
40 Que je te prenne, que je t’étreigne 41 Que je te joue sur mon piano 42 Que je t’allume, que je t’éteigne
43 Je suis la Vénus du Mélo 44 Je suis la Vénus du Mélo
La suite de la chanson, d’un érotisme subtil, présente d’autres aspects de la passivité de l’homme, mais aussi le désir de la chanteuse qui finit par appeler clairement cet homme (ligne 35 : Viens si tu veux).
Si cela vous intéresse vous pouvez comparer cette chanson avec J’veux un mec d’Adrienne Pauly: contrastes rock et jazz, désir animal assumé et jeu de la séduction plus pudique.
Bonjour à tous, Je vous écris un petit mot pour vous demander de m’excuser de ce long silence : j’ai passé plus d’un mois sans présenter de nouvelle chanson ici (je dis ici car sur la page Chansons pour étudier le français de Facebook, je ne suis pas resté totalement inactif. En fait, j’ai surtout travaillé à un autre blog pédagogique et qui pourra peut-être vous intéresser : ce sont des exercices de prononciation avec des explications en français facile et des exercices créés mis en ligne sur YouTube.. Actuellement il n’y a que quelques pages, mais je vais en écrire au moins deux par semaine. Voici l’adresse de ce nouveau blog : http://www.prononcer.net .
Voici aujourd’hui Je danse donc je suis, une chanson de Brigitte Bardot enregistrée en 1964. La chanteuse utilise adroitement son image de femme libre et montre qu’elle sait ce qu’elle veut: danser d’accord, offrir davantage, non, sauf si son partenaire sait lui plaire.
Pour les étudiants de FLE:
C’est une chanson assez facile. Brigitte Bardot chante avec beaucoup de clarté et utilise presque toujours une prononciation et une grammaire très correctes. Il y a cependant quelques particularités, des jeux de mots, des expressions idiomatiques que je vais indiquer.
1 Je danse donc je suis : En entendant ce début de chanson, on l’associe immédiatement à la phrase de René Descartes Je pense donc je suis. C’est un jeu de mots assez habile, grâce auquel la chanteuse fait comprendre que sa vie serait inimaginable sans la danse.
2 je te suis : voici encore un jeu de mots, ici, suis n’est pas le verbe «être» mais le verbe «suivre» . «Suivre quelqu’un» signifie aller dans la même direction qu’une personne, en étant derrière cette personne. Ici, « suivre » c’est donc danser en fonction des déplacements de son partenaire.
4 pas pour c’ que tu penses : l’orthographe c’ que, qui reflète la disparition du «e muet», est souvent utilisée dans les paroles de chansons. Elle n’est cependant pas considérée comme correcte et vous devrez l’éviter dans vos devoirs ou vos tests de français). « ce que tu penses » est volontairement ambigu : en l’entendant on imagine d’abord que la chanteuse suggère « faire l’amour », mais comme ensuite elle répète plusieurs fois « pas pour la vie », la sens de « ce que tu penses » devient « se marier ».
Je danse donc je suis chanté par Brigitte BARDOT
1 Je danse donc je suis 2 Tu danses et je te suis 3 Mais si je te suis 4 Ce n’est pas pour c’ que tu penses 5 C’est pour la danse 6 Pas pour la vie
7 Ne prends pas cet air triste 8 Et ne prends pas la peine 9 De prendre tout ton temps 10 À me dire que tu m’aimes 11 Je ne me fixe pas 12 Je ne prends pas racine 13 Je ne suis pas de celles 14 Qu’un regard assassine
15 Je danse donc je suis 16 Tu danses et je te suis 17 Mais si je te suis 18 Moi je te suis pour la danse 19 Faut pas qu’ tu penses 20 Que c’est acquis
21 C’est à toi de jouer 22 Et de savoir me plaire 23 Je ne dis pas qu’un jour 24 Il ne puisse se faire 25 Que la danse finie 26 Je reste prise au piège 27 Qui sera celui-là 28 Peut-être toi, qu’en sais-je ?
29 Je danse donc je suis 30 Tu danses et je te suis 31 Mais si je te suis 32 Ce n’est pas pour c’ que tu penses 33 C’est pour la danse 34 Pas pour la vie
35 C’est pour la danse 36 Pas pour la vie
37 C’est pour la danse 38 Pas pour la vie
7-12 prendre… : voici 4 expressions basées sur le même verbe. prendre un air triste = avoir subitement un visage qui montre la tristesse; prendre la peine de = se fatiguer à faire quelque chose; prendre (tout) son temps = passer un long moment à faire quelque chose; prendre racine = rester longtemps au même endroit
13-14 Je ne suis pas de celles / Qu’un regard assassine : Je ne suis pas comme ces femmes faibles à qui un simple regard fait du mal.
19 Faut pas qu’ tu penses : le seul exemple de prononciation et de grammaire relâchées de cette chanson, avec la disparition du « il » impersonnel de « il faut » et celle du « ne » de la négation. L’orthographe « qu’ tu » reflète la prononctiation normale, mais est considérée comme incorrecte.
20 Que c’est acquis : que c’est gagné. Si tu danses avec moi, ne crois pas que tu vas obtenir autre chose de moi.
23-25 Je ne dis pas qu’un jour / Il ne puisse se faire / Que la danse finie… : beaucoup de mots pour dire simplement « un jour, peut–être, après la danse… »
26 Je reste prise au piège : le verbe « rester » est ici au subjonctif (il est possible que + subjonctif)
26 prise au piège : attrapée, comme un animal, par un homme avec qui je resterai.
27 Qui sera celui-là : qui sera l’homme avec qui je resterai
28 qu’en sais-je ? : je n’en sais rien, il m’est impossible de le savoir maintenant